Familles d’accueil pour MENA

Familles d’accueil pour MENA

À mon âge, on a besoin encore de parents pour nous mettre sur le bon chemin. Je me sens bien ici. C’est ma nouvelle maison.

Devenir famille d’accueil

Vous souhaitez vous engager sur du moyen ou du long terme et devenir famille d’accueil à temps plein pour un Mineur Étranger Non Accompagné, merci de remplir le formulaire via le lien suivant :

Formulaire - Devenir Famille d'accueil

Vous serez prochainement contacté par un membre de l’équipe pour faire le point sur votre projet.

Origines du projet

En 2015, plus de 5000 enfants et adolescents ont été identifiés comme Mineurs Étrangers Non Accompagnés en Belgique. Parmi ceux-ci, les acteurs de terrain ont constaté une augmentation des enfants de moins de 15 ans. Pour certains d’entre eux la vie en centre d’accueil collectif n’est pas l’alternative la plus adaptée. Il est dès lors nécessaire de pouvoir offrir un ancrage familial à ces enfants. Notre équipe travaille donc en collaboration avec l’Aide à la Jeunesse et Fedasil pour leur offrir un cadre familial structurant et sécurisant, formidable levier d’intégration au sein de la société belge.

Offrir une famille d’accueil à un jeune réfugié, c’est lui permettre de grandir et s’épanouir dans un environnement sécurisant et l’amener à renouer avec les adultes alors que ces derniers auront souvent été des figures défaillantes (persécuteurs, passeurs, etc.). C’est aussi maximiser ses chances d’intégration au sein de la société en lui permettant un apprentissage de la langue, des codes culturels et sociétaux belges, le tout facilité par une vie familiale contenante.

Le projet couvre Bruxelles et la Wallonie.

Concernant les jeunes

Les enfants pour qui il serait judicieux de prévoir un accueil au sein d’une structure familiale nous sont signalés par les tuteurs ou les assistants sociaux des centres d’accueil fédéraux ou de l’aide à la Jeunesse. En 2016, la majorité des signalements que nous avons reçus concernent des garçons de 12 à 17 ans. Toutefois, deux ans après le démarrage du projet, nous constatons que la majorité des jeunes qui nous sont signalés sont âgés de 15 ans ou plus. Il nous a donc fallu adapter notre recrutement de familles d’accueil en cherchant en priorité des familles prêtes à s’engager auprès de jeunes adolescents. Ce constat n’est en définitive pas surprenant car la moyenne d’âge des jeunes orientés par leurs tuteurs vers un accueil familial correspond à l’âge moyen des jeunes MENA signalés en Belgique.

Suite à un signalement, nous rencontrons et dialoguons avec le tuteur, les intervenants du centre d’hébergement et avec l’enfant lui-même. Un des sujets les plus important à aborder avec lui concerne la notion de famille : qu’est-ce que la vie de famille pour lui ? Comment se représente-t-il une famille d’accueil ? Etc. Nous discutons également avec lui du type de familles qui pourrait l’accueillir.

Après cette première rencontre avec notre service, le jeune pourra rediscuter de tous les sujets qui ont été abordés soit avec son tuteur, soit avec un intervenant du centre. Dans un second temps, nous lui présentons le profil d’une famille que nous pensons adéquate pour son accueil.

Construction du projet d’accueil

Nous organisons plusieurs fois par ans des séances d’information afin de faire découvrir le projet aux familles qui pourraient être intéressées par l’accueil d’un jeune réfugié. En 201747 familles ont été sensibilisées grâce à l’organisation de 6 séances d’information à Bruxelles et en Wallonie. Parmi les familles nous ayant recontactés suite à ces séances d’information, 15 ont été sélectionnées en vue d’accueillir un MENA.

Après ces séances, un travail de préparation débute avec les familles qui souhaitent s’engager dans le projet. Au cours de plusieurs entretiens, nous recueillons des informations concernant la disponibilité de la famille et ses motivations concernant le projet, ainsi que sur la flexibilité de son fonctionnement et l’histoire familiale des adultes qui la composent.

À la suite de ce processus, la famille et/ou l’équipe peut prendre la décision de postposer l’accueil ou de réorienter le projet vers un autre type d’accompagnement (projet de parrainage par exemple).

En fin de processus de construction du projet, la future famille d’accueil est invitée à remettre un album photo de présentation qui sera remis au jeune avant la première rencontre.

Des modules de formation spécifiques sont également organisés afin d’outiller au maximum les familles sur différentes thématiques en lien avec l’accueil d’un jeune réfugié.

De la première rencontre à l’accueil effectif

Nous commençons par une étape de « matching théorique » durant laquelle nous étudions les différents profils de jeunes et de familles d’accueil afin de trouver un enfant et une famille qui nous semblent adéquats l’un pour l’autre. Nous présentons alors le profil de la famille à l’enfant et réciproquement.

Ensuite, nous organisons une première rencontre entre le jeune et la future famille d’accueil au sein des locaux de Mentor-Escale Bruxelles ou Namur. D’autres rencontres sont organisées ultérieurement en collaboration avec les intervenants du centre et la famille en accord avec le tuteur et une période de pré-accueil commence. Cette période se termine par une évaluation qui mènera, le cas échéant, à un accueil effectif.

En 2017, nous avons opéré 26 placements d’enfants ou d’adolescents au sein de familles d’accueil. 23 placements ont été effectués en Wallonie, 2 à Bruxelles et un dans le Brabant Flamand.

Parmi les 26 jeunes confiés à une famille d’accueil, on dénombrait 4 filles pour 22 garçons.

Parmi ces 26 jeunes, on comptait :

  • 1 enfant de 1 an ;
  • 2 enfants de moins de 12 ans ;
  • 4 enfants entre 12 et 15 ans ;
  • 13 adolescents entre 15 et 17 ans ;
  • 6 jeunes de 17 ans.

A ces 26 placements opérés, il faut enfin ajouter les 17 accueils qui ont vu le jour durant l’année 2016. Ainsi, au 31 décembre 2017, 43 accueils avaient démarré depuis le début du projet.

Parmi les 26 placements opérés :

  • 18 jeunes étaient de nationalité afghane ;
  • 3 jeunes étaient ressortissants angolais ;
  • On dénombre également : un Syrien, 1 Soudanais, 1 jeune Roumain, 1 Rwandais et 1 Erythréen.

L’équipe

L’équipe psychoéducative et sociale en charge du projet est composée d’un coordinateur de projet, spécialisé dans la thématique des Mineurs Étrangers Non Accompagnés, et de psychologues et assistants sociaux issus de Services de Placement Familial du secteur de l’accompagnement des MENA.

Témoignage de Samir*, jeune Afghan arrivé seul en Belgique à 12 ans et désormais en famille d'accueil.

Pour moi, mes frères et sœurs ici ou en Afghanistan, c’est la même chose; il n’y a pas de ‘vrais frères et sœurs’ et des ‘faux frères et sœurs’.

Je viens d’Afghanistan. J’ai 14 ans et j’habite avec une famille d’accueil dans un petit village près de Gembloux. Cela fait maintenant plus d’un an que je vis avec eux et cela se passe très bien. Ils sont très gentils avec moi. C’est très différent de l’Afghanistan, on vit autrement, tout est différent. J’apprends beaucoup de choses ici, toutes ces choses nouvelles. Au début, c’est difficile parce que je parlais pas français et c’est difficile d’apprendre une langue! Maintenant par exemple, je parle bien, mais je ne sais pas encore lire ou écrire en français. C’est difficile pour moi parce que quand j’étais en Afghanistan, je n’allais pas à l’école. J’ai bien appris parce que je vis dans une famille d’accueil et que je travaille bien à l’école. Pour moi, mes frères et sœurs ici ou en Afghanistan, c’est la même chose ; il n’y a pas de « vrais frères et sœurs » et des « faux frères et sœurs ». Je suis très bien ici.

 

*prénom d’emprunt

Témoignage de Nathalie*, sœur d’accueil de Samir depuis 1 an.

Je trouve cela super beau de pouvoir ouvrir sa maison à quelqu’un et de pouvoir l’accueillir comme un nouveau frère.

Notre famille accueille un jeune Afghan qui vit chez nous maintenant. Cela se passe bien, il y a des moments plus chouettes que d’autres, des choses plus faciles et d’autres plus difficiles, mais en général cela se passe bien.

On entendait beaucoup parler de la situation des migrants, on voulait les aider, mais on ne voyait pas de projets vraiment concrets. Et puis on a entendu parler du projet Familles d’accueil et on s’est dit que ça, c’était vraiment quelque chose qui pouvait les aider et nous permettre à nous d’agir.

Je trouve cela super beau de pouvoir ouvrir sa maison à quelqu’un et de pouvoir l’accueillir comme un nouveau frère. Même si je ne l’ai pas connu quand il était petit, c’est comme un nouveau frère pour moi. Je suis contente de cette expérience. La mixité culturelle que ce projet apporte est à la fois super intéressante, mais aussi parfois frustrante et cela crée beaucoup de discussions. Je pense que parfois, c’est difficile pour lui parce qu’à la fois il est très attaché à sa culture et en même temps, il doit s’adapter à nous ; du coup, on essaie toujours de trouver un compromis. Comme je suis plus grande et suis fort prise par l’école, j’ai moins l’occasion de passer de temps avec lui que mon frère avec qui il fait beaucoup d’activités (ils vont au foot, aux scouts…) mais parfois je l’aide pour ses devoirs. Cette expérience, c’est beaucoup plus que juste habiter ensemble !

 

*prénom d’emprunt

Témoignage d'Alexandra*, Maman d’accueil de Najib* depuis 2 ans

Il n’y a aucune formule magique. Il faut simplement savoir s’adapter les uns aux autres. Le tuteur et le personnel de Mentor-Escale ne nous laissent jamais tomber.

Au commencement il y avait nous 3 : papa, maman, et un petit bonhomme de 5 ans. Et nous 3, avions envie de plus : rire plus, bousculer notre quotidien, nos cœurs, remplir notre foyer.

Nous avons vu ces jeunes graines qui ne parviennent pas à s’enraciner pour grandir. Finissent parfois, par trop d’attente, à n’en avoir même plus envie. Et à leur côté et au nôtre, il y a Mentor Escale et sa formidable équipe.

Notre projet d’accueil, comme tout petit ou grand projet de l’humanité, a démarré avec un simple : « pourquoi pas ? » Avec Mentor Escale, pas de pression, ni pour les jeunes en recherche de famille, ni pour les futures familles : on ne se lance vraiment que lorsque tout le monde est prêt à franchir le cap.

Et cette première rencontre a été assez cocasse, dans le sens où Najib et tous les adultes présents dansaient sur place de nervosité, jusqu’au moment où du haut de ses 5 ans, notre p’tit loup a décidé de sauter dans les bras de son futur « presque grand frère » en lui disant « Je t’aime ! ». Premier fou-rire général d’une longue série.

Alors bien sûr, l’accueil d’un jeune dont on sait peu de choses, qui n’a a priori aucune raison de nous faire confiance, et avec lequel la majeure partie de notre temps est utilisé aux devoirs, n’est pas rose tous les jours. Mais à partir du moment où la confiance est établie, il n’y a pas plus de difficultés qu’avec tout autre adolescent. Et chaque jour apporte son lot d’humanité : un clin d’œil échangé, un exercice de science que je fais en entier « pour lui montrer » et qui s’avère finalement faux (rire en coin de l’un, désappointement total de l’autre), une surprise capillaire criarde quand il rentre d’une soirée avec ses copains, une partie de Uno…

Comme pour tout enfant, il n’y a aucune formule magique. Cependant, nous pensons pouvoir dire que les jeunes MENA, ces graines que nous volons au vent pour les aider à grandir, sont souvent à la fois plus vieux et plus jeunes que leur âge : ils se jettent sur du chocolat comme des enfants de 5 ans mais vous racontent qu’ils sont heureux d’être ici pour ne pas être obligés de tenir une kalach, là-bas, au pays… Il faut leur expliquer que, non, si la prof de français dit qu’il faut terminer le livre pour une certaine date, ce n’est pas l’acheter pour cette date, puis l’oublier dans un tiroir. Vous devrez peut-être leur rappeler qu’ils ont le droit d’être bien traités et bien nourris, et que s’ils tombent dans l’eau à la piscine, ici au moins, personne ne les laissera se noyer.

Nos amis nous demandent comment nous gérons les différences culturelles. Il y en a moins qu’on peut l’imaginer, un humain est un humain : il veut rire, manger, aimer, dormir, se sentir en sécurité. Et en ce qui nous concerne, presque tout se règle avec de l’humour. Et pour ce qui est de l’attachement, de la confiance… il faut de l’imagination et de la souplesse.

Il n’y a aucune formule magique. Il faut simplement savoir s’adapter les uns aux autres. Le tuteur et le personnel de Mentor-Escale ne nous laissent jamais tomber. Un souci, un appel, ils sont là. On se parle, et on reprend depuis le début. Et ça marche. Nous sommes aujourd’hui 4. Il y a aussi maintenant « mon presque grand frère » pour l’un, « notre fils d’accueil » pour les autres et pour tout le monde, une autre famille, plus loin, qui nous a confiés un enfant.

 

*prénoms d’emprunt

Témoignage de Rudy van de Wijnkele, tuteur MENA.

Etre famille d’accueil, c’est donner à un jeune réfugié amour et sécurité, l’accueillir comme son propre enfant, le respecter dans sa différence.

Le projet Familles d’accueil de Mentor-Escale répond absolument aux besoins de ces jeunes. Chaque jeune a son parcours souvent difficile. Le projet de famille pour les MENA est une grande aide pour ces adolescents en général. 

Un mineur qui a pris le risque de se déraciner et de se confronter à un voyage potentiellement dangereux, n’est pas volontaire au retour. Un enfant qui revient sans avoir réussi est au mieux déconsidéré, au pire banni et rejeté » (Geneviève Lefebvre, juge des enfants à Paris).

Une famille d’accueil, c’est indiscutablement le meilleur accompagnement dans leur parcours. Chez le premier de mes pupilles, j’ai pu constater que l’accueil en famille a eu pour effet après quelques semaines une orientation très net du jeune envers son propre avenir, une auto-détermination remarquable. Dans mon opinion aucun centre d’accueil ne peut égaliser l’accompagnement offert par une famille d’accueil. Un jeune qui est accueilli en famille d‘accueil sort de son quotidien, il est confronté au quotidien à notre culture, notre langue et notre manière de vivre… Etre famille d’accueil, c’est permettre à un enfant de vivre dans une famille, lui donner amour et sécurité, l’accueillir comme son propre enfant, le respecter dans sa différence. Une famille d’accueil est pour chacun de mes pupilles un réseau et un point de soutien.

Le travail que l’équipe Familles de Mentor-Escale fait mérite tout notre encouragement. Mentor-Escale a déployé depuis des années tout un savoir-faire autour de l’accompagnement des mineurs étrangers isolés. L’approche de l’équipe Familles est très professionnel ; dans les entretiens, il s’agit de permettre au jeune de comprendre ce qu’on attend de lui, de savoir où faire porter prioritairement ses efforts, de mesurer et de prendre conscience des difficultés et renoncements inhérents à tout choix. La méthodologie de travail de l’équipe me paraît très efficace. Le bien-être et les besoins du jeune sont toujours au premier plan avec beaucoup d’attention et de respect pour son rythme individuel. Je ne peux qu’exprimer mon appréciation pour le dévouement et l’engagement de chaque membre de l’équipe.

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